Introduction

    L’organisation des activités de plein air à l’échelle des temporalités saisonnières du Pilat construit progressivement d’autres perceptions vis-à-vis de ces territoires. On a ainsi progressivement à la fin du XIXe siècle des polarités sur ces paysages, associées généralement à des populations urbaines des vallées proches. La saisonnalité interfère sur les attirances différenciées vis-à-vis du haut-Pilat, dans les polarités exercées par la neige. Les relations des hommes au temps[1] évoluent fortement, structurant alors des facteurs de loisirs potentiels vis-à-vis des paysages de neige. De plus, les relations aux paysages évoluent dans la recherche d’un cadre naturel. La dimension forestière et les relations à l’arbre[2] génèrent ainsi un ensemble d’émotions, de resourcements entre quiétude de la proximité de la nature et méditation de l’esprit. Les promenades par des saisonnalités différenciées favorisent des émotions particulières, constituant ainsi le retour idéalisé de l’homme à la nature. Pourtant, les paysages du Pilat sont les produits d’artificialisations dans des temporalités paysannes. Le retour progressif de la forêt, dans la seconde moitié du XIXe siècle par une législation adaptée, détermine d’autres regards, autres que les versants dénudés du début du XIXE siècle à l’échelle des versants du Pilat. D’autre part, la jeunesse reste un facteur important dans les relations aux activités de plein air. La IIIe République encourage les activités à l’échelle du Pilat. Ce sont les processus des colonies de vacances estivales, des activités scolaires dans la nature, organisées notamment par Claude Berthier[3] à l’échelle des versants septentrionaux, dans des dimensions pédagogiques et instructrices pour ses élèves. Les campagnes du Pilat sont ainsi des lieux potentiels, des territoires liés dans l’imaginaire collectif à la nature, aux terreaux d’apprentissage pour les jeunes générations dans le cadre d’activités de plein air. L’air de la montagne, les enjeux de l’hygiène sont des facteurs constructeurs des organisations de jeunesse dans des temporalités républicaines. Les projets scolaires d’une instruction scolaire, sous l’égide de Jules Ferry, à partir des années 1882, se complètent par les mises en place de sorties instructives à l’échelle des territoires du Pilat. D’autre part, les activités sportives innovantes sont présentes, donnant aux regards d’autres paysages. C’est en effet la montée en puissance du cyclotourisme, incarné par le charisme de Vélocio. On a aussi la venue de l’automobile dans des dimensions de courses de côtes, offrant un paysage sonore singulier de moteur à explosion et d’odeur d’essence. En fait, cette nature, proche de la ville, suscite un ensemble d’émotions pour une population urbaine, recherchant le dépaysement familial, mais également un cadre de vie au grand air pour ses enfants. A la ville industrielle de Saint-Etienne, dans la vallée du Furan s’offrent d’autres perspectives dans des paysages proches, les versants septentrionaux du Pilat. C’est en fait la promesse de paysages différents, dans des territoires proches. On a le dépaysement aux portes de Saint-Etienne et de Saint-Chamond dans les relations aux versants septentrionaux du Pilat. La temporalité de la IIIe République à partir des années 1880 structure des projets cohérents vis-à-vis de la jeunesse. L’Ecole républicaine construit à l’échelle locale des amorces de tourisme scolaire. Les enjeux des colonies de vacances dans les campagnes du Pilat participent à cet encadrement de la jeunesse dans des enjeux républicains, collectifs et fraternels. L’idéal de nature revient dans le pluralisme des enjeux politiques et civiques.

Georges Collin


[1] Alain Corbin, La pluie, le soleil, le vent ; une histoire de la sensibilité au temps qu’il fait, Paris, Flammarion, 2013, 256 p.

[2] Alain Corbin, La douceur de l’ombre : l’arbre, source d’émotions de l’antiquité à nos jours.  Paris, Fayard, 2013,400 p.

[3] Professeur de mathématiques au lycée de garçons de Saint-Etienne.

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