Introduction

     A l’échelle de la France de Louis XV et de Louis XVI, les places des élites dans la société d’ancien régime jouent des rôles majeurs dans les encadrements des hommes et des terres. Le cadre seigneurial domine sur les pays du Pilat. C’est le poids des familles seigneuriales dans les rapports à la terre, comme Jacques Bernou De Nantas, baron de Rochetaillée au milieu du XVIIIe siècle, ou le marquis de Montdragon sur St Chamond.

     On définit par élite, venant du verbe latin éligere, soulignant l’idée de choix et de distinction au niveau du corpus social. On a les références au sociologue italien Gaetano Mosca, une élite associée à la noblesse, à la bourgeoisie et aux sciences.

Effectivement, toute société politique produit un groupe social minoritaire, mais influent au niveau des richesses, du pouvoir et de la reconnaissance de leurs pairs. Dans cette approche, la société d’ancien régime produit des élites, soit savantes à l’échelle des cartographes, administratives avec la fonction d’intendants, religieuses, à l’exemple des curés des paroisses. Les fonctions des élites à l’échelle du Pilat déterminent un encadrement des hommes, des regards sur les paysages du quotidien, des volontés de contrôler les territoires vécus. On peut ainsi analyser les liens entre les « pays », des représentants du gouvernement royal et les administratifs locaux, souvent des grands propriétaires terriens seigneuriaux dans les droits féodaux. Les paysages politiques s’inscrivent dans des temporalités médiévales.

Les cartes, proposées par les géographes du royaume de France, donnent progressivement des représentations paysagères sur le Pilat, dans des reliefs de montagnes, englobés aux Cévennes. Les progrès des cartographes incitent à des connaissances des provinces françaises, dans une volonté d’affirmation royale de contrôle sur les territoires administrés, de favoriser les routes et chemins dans l’esprit du colbertisme. On a également l’importance de Trudaine, directeur des ponts et chaussée à partir de 1747 dans les routes royales de France et l’obligation des entretiens par la corvée royale.

Aux imprécisions de la carte de France de Francesco Berlinghi en 1482, se construisent dans les périodes suivantes des repères plus précis aux régions. C’est le cas de la carte des relais de poste[1] par Nicolas Samson en 1632 dans le contexte historique du règne de Louis XIII. Le massif des Sevennes englobe la localisation actuelle du Pilat. Le XVIIIe siècle et la carte de Cassini donnent des précisions sur des éléments paysagers du Pilat. Les relais de poste sont présents dans les paysages vécus dans le Pilat[2] au XVIIIe siècle sous la forme généralement d’auberges. Le sommet du Pilat apparait lisiblement pour la première fois dans l’histoire cartographique en 1744, base de la construction d’une France géométrique, prélude à une carte de France de l’Académie Royale des Sciences, publiée en 1747.

Les reliefs du Pilat sont dans les productions savantes de ces élites, avec la place variée des anthropisations, par les localisations des principaux habitats, de l’écosystème.

De même, les structures paysannes du Pilat se perçoivent par les regards des intendants, dès la fin du XVIIe siècle avec le questionnaire de Lambert d’Herbigny (intendant du Lyonnais en 1697). Le XVIIIe siècle se place dans la continuité historique du siècle passé, la place de la paysannerie sur les terres du Pilat dans les registres paroissiaux.

Le cadre anthropologique de ces populations très majoritairement paysannes indique une pluralité de « pays » en fonction des versants. Les descriptifs de leurs paysages de vie restent globalement rustiques avant la Révolution française et après. Ainsi, les rapports de Louis Messance, présent à Saint-Etienne en 1766, comme subdélégué de l’intendant de Lyon (De La Michaudiére) et également comme receveur des tailles, apportent dans ses écrits des éléments de réflexion sur les paysages du Pilat. Pour autant, la période révolutionnaire et impériale tend à redessiner les paysages fonciers dans d’autres cartographies des paysages vécus au quotidien et des rapports aux terroirs.

Georges Collin


[1]C’est l’édit de Luxies en 1464, sous le règne de Louis XI, qui crée les relais postaux.

[2] Turgot crée une administration des diligences, carrosses et messageries.

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