Le Pilat et ses environs, pour l’élite savante dans le contexte historique du règne de Louis XV sont en effet dans des représentations diverses. L’ouvrage de référence reste cependant le petit livre, décrivant le Mont Pilat vers le milieu du XVIe siècle, rédigé par Jean Du Choul. Ses repères géohistoriques et mémoriels, influencent les voyageurs éclairés sur les sites du Pilat, constituant les bases du palimpseste des lectures paysagères.
Les rapports toponymiques sur le Pilat, suggèrent à la fois une tradition populaire sur la présence de Ponce Pilate, gouverneur de Judée sur le site, l’évocation de la christianisation des lieux, suppléant dès lors les traces des héritages celtiques. On a également des relations aux aspects nuageux des sommets, donnant l’impression d’un chapeau sur les hauteurs. En réalité, le vocable mont Pilat désigne tout d’abord un ensemble de sommets, de reliefs et de paysages d’altitude à l’échelle du Pilat des crêts. Des aspects géologiques marquent ces territoires à l’exemple des chirats, des reliefs prononcés comme sur le site de la Roche des Trois Dents. Pour autant, d’autres régions, de part et d’autre du Pilat des crêts, structurent cette diversité paysagère. Cela va des versants Nords au contact du Gier et du Furan, aux versants Suds plus méridionaux au contact avec la vallée du Rhône et le Vivarais.
Il y a dans l’esprit des Lumières une relation géographique du Pilat, avec les Cévennes, devenant une région septentrionale de ce massif. Ces montagnes sont associées géographiquement à la province méridionale comme le Languedoc, se poursuivant pour les géographes du XVIIIe siècle jusqu’à la province du Lyonnais. Ainsi, le sud du Forez, intégré au lyonnais, notamment dans l’élection de Saint-Etienne correspond aux montagnes du Pilat. On a également quatre subdélégations pour l’élection de Saint-Etienne, concernées géographiquement par la présence du Pilat dans ses environs : Saint-Etienne de Furens, Saint-Chamond, Bourg-Argental et Condrieu, considérées comme les villes les plus importantes[1].
Ces territoires constituent également des zones géographiques de carrefour, des accès possibles à d’autres provinces, comme l’Auvergne pour sa partie occidentale, le Dauphiné pour sa partie orientale et bien sur le Lyonnais et la ville de Lyon.
On constate aussi que le cadre géographique du Pilat, exprimé par le naturaliste Alléon-Dulac en 1765 correspond en fait aux repères administratifs des subdélégations de l’élection de Saint-Etienne, faisant fonction de villes-portes pour l’accès au massif.
Ce Pilat, décrit en 1765 en valorisant ses limites géographiques, actualisé en système métrique, apporte un éclairage à son cadre spatial. On en en fait une forme de quadrilatère. L’actualisation des données de mesure, par référence au système métrique, détermine une aire spatiale. On a ainsi un peu plus de 31 km de Condrieu à Bourg-Argental, de près de 31 km de Bourg-Argental à Saint-Etienne de Furens, de 12,5 km de Saint-Etienne de Furens à Saint-Chamond, de 31,6 km de Saint-Chamond à Condrieu. Ces territoires[2] concernent en fait une superficie de 780 km2, soit 78 000 hectares.
Les élites savantes et administratives, à l’exemple des géographes, naturalistes et des intendants, apportent des dimensions paysagères complémentaires à l’échelle des territoires vécus et ressentis par les contemporains. La société d’ancien régime, au niveau des pays du Pilat, est très majoritairement rurale, organisée dans des environnements de collines, de montagnes et de plateaux, avec des vallées plus ou moins encaissées. Les paysages du XVIIIe siècle s’inscrivent aussi dans un temps plus long, des valorisations passées dans des logiques d’artificialisation des territoires, des liens avec les temporalités antérieures.
Pour autant, les paysages au XVIIIe siècle se perçoivent avec des éléments de temporalités médiévales, dans les présences de châteaux et châtellenies à différentes échelles géographiques. Cependant, la période révolutionnaire déstabilise la société d’ancien régime avec les impacts concrets sur les paysages de vie. L’encadrement religieux et nobiliaire sont remis en question, aboutissant à l’expérience de la république, mais également aux traumatismes de la terreur révolutionnaire perceptible dans les campagnes.
Cependant, le temps du consulat et de l’Empire apporte des cadres juridiques stables à l’échelle des cadres de vie du Pilat. La ruralité reste dominante dans la configuration du XIXe siècle et d’une partie du XXe siècle, entre traditions, mœurs et coutume.
Georges Collin
[1] L’estimation de la population selon Louis Messance (subdélégué à Saint-Etienne de l’intendant de Lyon) est en 1788 de 28 140 habitants pour Saint-Etienne de Furens, 5157 à Saint-Chamond, 5075 à Condrieu, 1225 habitants à Bourg-Argental, le siège d’un baillage.
[2] Le parc naturel du Pilat s’étend sur 70 000 hectares actuellement, avec des territoires globalement inférieurs au cadre spatial défini par le naturaliste Alléon-Dulac en 1765.
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